PFW Prêt-à-porter : Courrèges, The Row, Rochas & Balmain

Un Berocca, 12 heures de sommeil et toujours la tête dans le brouillard, me revoilà pour un deuxième débriefing de la Fashion Week parisienne. Aujourd’hui, du beau monde attend sur le pas-de-porte. Courrèges, discret et efficace, discute fébrilement avec les jumelles Olsen de The Row, tous deux attendant patiemment mon verdict. Rochas dessine quelques croquis mystiques, nonchalant et assis en tailleur quelques mètres plus loin. Balmain ne daigne même pas se présenter. Avec un jury corrompu jusqu’au cou comme le mien, il sait d’avance que la critique sera bonne (oups) ! Assez parlé, je les laisse enfin entrer. Attention, tenez-vous prêts, les fashion horses sont lâchés !

Courrèges

Nicolas Di Felice sait ce qu’il fait. Sérieux et appliqué, il propose pour cette saison une collection solide, bien que sans surprise. Un immense parterre de canettes argentées : le décor est planté. Des mannequins à la démarche chaloupée le contournent avec style, établissant un pont entre ambiance futuriste et sexytude assumée. L’ambition du créateur est là : donner un second souffle aux codes de la maison, sans les trahir pour autant complètement. Un funambulisme assez risqué qui ne permet donc pas de faire trop de pas de côté.

La collection est quand même cohérente. J’aime le travail de volume effectué sur les vestes et manteaux. Les courbures et tombés sont recherchés, à l’instar du look 7, où la manche est ronde puis resserrée au poignet, formant une cape arrondie plutôt remarquable. Le délire des canettes n’est pas non plus là par hasard et se retrouve décliné en robe et extra mini-jupe argentées aux looks 13 et 16. Je crois que le monde de la mode a bien noté le succès mondial des micro-jupes Miu Miu au défilé printemps-été 2022. Archi vues sur les covers de magazines et starlettes US, les RP de la marque ont résolument dû avoir quelques cas de surmenage. Bref, la mini-jupe est en vogue, alors on mise dessus chez Courrèges : 7 looks sur 40, joli quota.

Le long n’est cependant pas mis de côté, n’oublions pas qu’il s’agit d’une collection automne-hiver, hein. Amour pour le look 29 : une longue robe noire délicatement ajourée et une paire de boucles d’oreilles graphiques. Bon, portée par Miss Jenner aussi, donc mon avis est déjà à 50% biaisé … Enfin, Di Felice n’a pas fait l’impasse sur la silhouette signature de la marque : l’ensemble vinyle hautement désirable. Un jour je vendrai un rein pour l’avoir, je vous jure. Bref, une collection sobre et détaillée, du prêt-à-porter qui n’aura pas de mal à trouver son public une fois commercialisé !

The Row

Pour la première fois invitée à Paris pour la Fashion Week, la marque des soeurs Olsen a forcément attiré les curieux. Une attention qui, à mon sens, est légitime. Chez The Row, le contrat est simple : la mode est limpide, structurée et purgée de fioritures superflues. Bref, je dirais que les jumelles vont droit au but. Assez logique quand on sait que leur nom de marque s’inspire de Savile Row, le quartier des meilleurs tailleurs de Londres. Mes proches connaissent mon amour pour le flamboyant. Eh bien, à mon plus grand étonnement, j’ai plus qu’apprécié la sobriété proposée par The Row.

Les silhouettes sont techniques, souvent déstructurées avec beaucoup de layering et des proportions calculées au millimètre. Plusieurs leitmotiv stylistiques se remarquent : des chemises blanches au col démesuré (j’adore), des robes et des pulls aux manches maxi, des mocassins plats discrets, des robes et des pardessus de grande ampleur comme ce trench matelassé écru au look 17 ou cette veste ample aux boutons dorés look 15. Coup de coeur pour le look final, une longue robe irisée, au col mi long/mi lavalière : renversante. Bref, une collection très sérieuse qui méritait toute notre attention !

Rochas

Charles de Vilmorin s’est assagi pour sa deuxième collection Rochas. Au Palais de Tokyo, les allures sont effectivement plus classiques, sophistiquées. Elles mêlent vampirisme moyenâgeux et modernité vibrante. C’est étonnant. C’est convainquant. On retrouve l’imaginaire gothique à travers les yeux noircis, les chemises collerettes, les bottes pointues aux liens cloutés ou encore les mains griffées des mannequins. Le noir domine aussi, décliné en robe chasuble, jupe en fourrure ou costume élégant. Les tissus lamés, les cols hauts et la discrétion des motifs (pourtant une marque de fabrique du créateur) apportent une touche plus contemporaine aux allures.

Le look 27 est à l’image de cet équilibre : une Dracula moderne avec sa blouse en transparence juchée sur une jupe tube tout en fourrure. Amour pour la chemise bouffante du look 23, d’un bleu brillant dont je vais me souvenir encore longtemps. Le petit prince de la mode se réinvente à chaque défilé, comme les grands. Il gagne en subtilité, en nuance, et je dois avouer que c’est vraiment saisissant. Certains vont peut-être regretter le manque d’extravagance. Je répondrai seulement que c’est aussi ça, s’adapter aux codes d’une maison qui n’est pas la nôtre. Trouver l’équilibre, ne pas se tourner au ridicule. Ne pas attirer l’attention, mais la mériter davantage.

Balmain

J’adore Olivier Rousteing. C’est dit. Parlons maintenant de cette collection. C’est marrant parce que les inspirations sont équivalentes à celles vues sur le podium Dior. On retrouve par exemple les mêmes vêtements « protection » face à un futur qui inquiète, un jeu de temporalité où l’imaginaire futuriste influence les silhouettes. Sauf qu’en terme de clarté et de réalisation, la différence est flagrante. Là où le message a eu du mal à passer chez Dior, chez Balmain, la limpidité règne.

L’ambition de Monsieur Rousteing ? La voici : « mon équipe et moi gardons à l’esprit le message de cette collection : unis dans la solidarité, nous pouvons compter sur le pouvoir de l’espoir et de la vérité pour repousser la haine, les mensonges et l’agression. » Évidemment, l’actualité ukrainienne résonne, mais on peut également y associer les effets néfastes des réseaux sociaux, comme en témoigne l’écran projetant un extrait du Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry avant le début du show : « Il est bien plus difficile de se juger soi-même que de juger autrui. ». Ces menaces plurielles poussent donc la femme Balmain à prendre de la hauteur, se parer d’une armure pour faire face aux maux du monde.

Côté podium, les signatures Balmain 2.0 se succèdent : épaules larges, corsets, robes zippées ou matelassées, travail du denim. Des looks style Blade Runner se succèdent également avec des hauts et gants aux allures de gilets pare-balles, des boucliers dorés et combat boots vertigineuses. J’apprécie tout particulièrement le clin-d’oeil à la dysmorphie symptomatique des réseaux sociaux aux looks 98, 99 et 100, où les silhouettes parfaites présentent leur part d’ombre en jeu de clair-obscur. Clou du spectacle, deux robes de mariée de 2070, toutes en volume et texture. Comme quoi, le futur peut être interprété de manière claire et précise. Du début à la fin, la collection est cohérente, fine et bien exécutée. Je rappelle qu’elle se compose tout de même d’une centaine de looks. Comme quoi, ma chère Maria Grazia, l’harmonie futuriste est à la portée de tous …

Day 3 de la PFW, on y est ! On se retrouve demain pour de nouveaux décryptages ✨ Et si vous avez loupé les Day 1 et 2, n’hésitez pas à découvrir ce que Off-White, Dior, Koché et Saint Laurent nous ont concocté ! 

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