L’histoire du corset

Le corset, c’est une petite histoire liée à la grande histoire des femmes. Plusieurs siècles d’emprisonnement et un véritable parallèle avec le statut de la femme au sein de la société. Elle est soumise, reléguée au rang de mère et d’épouse, sans droits mais écrasée par les devoirs. Si aujourd’hui, aucune de nous ne doit le porter quotidiennement, quel fut le parcours de nos consoeurs de ces époques passées ? Retour sur le récit du corset.

Les débuts sous l’Antiquité

La première trace du corset (qui n’est pas encore appelé de la sorte) pourrait venir de la Crète aux alentours de 1700 av. J.C. Il a pour but d’aplatir la jupe sur les hanches, d’affiner la taille et de la mettre en valeur. Par la découverte de vêtements à la taille très fine, on peut envisager que les femmes de cette région ont longtemps porté cette pièce par coutume et tradition

L’Antiquité va, elle aussi, utiliser les ancêtres du corset afin de créer un corps féminin idéal. Les femmes de cette époque, grecques ou romaines, utilisent des bandes pour soutenir leur poitrine, relever une tunique, ainsi que maintenir et tenir des organes en place. Dès cette époque, le corset, du moins son ancêtre, a déjà pour vocation de compresser le corps féminin. Il le modifie pour qu’il soit conforme aux modes : un corps idéalement symétrique, et surtout mince. Pour obtenir une petite gorge, se développe le mamillaire qui entoure et contient une forte poitrine. D’autres, comme la fascia, s’enroulent autour du corps qui, ainsi comprimé, parait plus fin. Elle est aussi utilisée pour stopper le développement de la poitrine des jeunes filles.

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La fascia s’enroule autour du corps qui ainsi comprimé, parait plus fin.

Le Moyen-âge et l’évolution de la condition de la femme

Avec le début du Moyen-âge, le corset antique est progressivement abandonné. La toilette féminine évolue avec des robes moulant le haut du corps et un corsage ajusté, séparé de la jupe. Les femmes préfèrent une ample chemise resserrée sous la poitrine. La houppelande, serrée à la taille par une large ceinture, ne nécessite plus d’autre soutien.

Mais, à la fin du XIVème siècle, Isabeau de Bavière lance une nouvelle mode et découvre sa poitrine. Le mot corset naît : ce dernier s’adapte à la taille et se resserre dans le dos ou devant à l’aide de lacets. Il est décoré, souvent brodé et orné de fourrure. 

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Isabeau de Bavière lance une nouvelle mode et découvre sa poitrine : le corset naît.

Le port du corset s’étend au début du siècle suivant et en Espagne, vers 1500, apparaît la basquine ou vasquine (petit pourpoint sans manches, corsage, ayant la forme d’un entonnoir porté avec le vertugadin, ou jupe basquaise). Il s’agit là d’un corset, serré à l’extrême au niveau de la taille, monté sur une armature de laiton et baleiné sur le devant, avec un busc dans le dos pour se tenir plus droite. La taille s’allonge, le corps s’amincit, on aplatit les seins… La femme est droite, vertueuse, l’âme ferme et tranquille. Le corset va désormais être à l’image de son rôle dans la société. Si le corset est, à la base, porté par les milieux nobles, la bourgeoisie et les populations plus modestes, avec des versions simplifiées et peu baleinées, vont les imiter après la mort d’Henri IV. 

Malheureusement, le corset mutile le corps des femmes, provoquant des déformations osseuses, des problèmes respiratoires ou encore des déplacements d’organes, causés par le laçage excessif alors en vigueur. Ces corps dénaturés sont la cible des moqueries des poètes qui rient de ces femmes guindées à l’aspect ridicule. Mais, parce qu’imposé depuis leur jeunesse, les femmes souffrent en silence.

Le corset va doucement évoluer, malgré l’exubérance qu’il a pris un temps en se déformant grossièrement avec l’exagération des proportions. Après la mort de Marie de Médicis, les corps à baleines reprennent leur aspect primitif et la mode redevient plus rationnelle. Le but n’est alors que de mettre en forme le corps féminin avec une silhouette conique, pointe basse à la taille et poitrine aplatie.

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La taille s’allonge, le corps s’amincit, on aplatit les seins… La femme est droite, vertueuse, l’âme ferme et tranquille (vers 1581).

Entre oppression et libération sous l’époque moderne

Sous Louis XIV, la taille est courte, le corps maintenu mais la poitrine mise en valeur. L’obsession de la taille fine devient un objectif pour toutes les femmes de la cour. L’apparition des robes à paniers, lors du règne suivant, rallonge le corset. Il est décrit comme un corps raide, échancré sur les hanches, lacé par derrière et muni devant d’un busc quelquefois en bois, plus souvent en fer et descendant très bas. Il est de plus en plus baleiné et donc inflexible. Vers les années 1770, les corsets sont moins serrés et font beaucoup remonter la poitrine. Le règne de Louis XVI ne permettra pas au corset d’évoluer de son prédécesseur. 

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Madame de Pompadour avec sa robe à paniers et son corset long, inflexible et raide.

La Révolution abolit le corset de la noblesse et prononce la libération absolue des femmes. Le Directoire s’inspire de la Grèce antique en oubliant cette armure, lui préférant de simples bandes autour de la poitrine. Mais la bourgeoisie se corsette toujours : le corps maintenu artificiellement est le garant d’une moralité absolue. Il marque aussi leur nouveau statut : elles sont la nouvelle haute société, remplaçant la noblesse disparue.

Le Consulat marque la fin des festivités et réhabilite le corset pour toutes sans baleine, avant l’Empire et ses corsets longs (jusqu’au dessus des hanches et vers le haut pour remonter les seins). On le lace dans le dos et il est droit sur le fond. Un peu plus léger et raccourci, un petit corsage élastique voit le jour en 1804. Il couvre la poitrine, des épaules au haut de la taille. Deux ans plus tard, les baleines font leur retour et s’accompagnent d’un busc. Certains seront conçus dans l’unique but de garantir un ventre et des hanches plates. En 1810, le corset est court, très baleiné, marquant la taille de manière prononcée et écartant la poitrine. Si le corset, à cette époque particulière, semble être moins contraignant, c’est parce que l’Empire a besoin de fils pour faire grossir les rangs de ses armées. Cette taille très haute dans les robes souligne l’importance du ventre et célèbre la fertilité. Retirer le corset pour favoriser les grossesses… 

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Corset long avec une armature très fine, probablement datant d’un peu avant l’Empire.

Révolution industrielle du XIXème siècle

La Restauration signe la fin des tailles hautes et le corset se rehausse aussi bien vers le haut que vers le bas emboîtant la poitrine, tombant sur les hanches et cintrant la taille à sa place. Il est alors accompagné de baleines résistantes, d’une étoffe double, de larges épaules et d’un busc long : le corset est dur, lourd. Charles X aura beau lutter, les tailles deviendront de plus en plus fines. 

La révolution industrielle fait entrer le corset dans une ère d’évolution ; même s’il demeure subversif, le corset va tendre à s’améliorer tout au long du 19ème siècle. De 1823 à 1842, la technique pour retirer un corset seule se développe et verra la création du modèle la paresseuse. Son laçage unique dans le dos, permet à une femme de se vêtir sans problème. En 1828 apparaissent les oeillets métalliques, plus résistants. En 1832, les premiers corsets  industriels sont commercialisés, moins onéreux que ceux des tailleurs. Entre 1835 et 1840, le dos s’allonge, des brettelles apparaissent et le corps de la femme n’a plus rien de naturel.

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Exemple d’un laçage à la paresseuse qui permet aux femmes de s’habiller seules.

La deuxième partie du siècle alterne entre des corsets avec petites baleines en métal assurant le maintien ou, comme sous le Second Empire, des corsets sous les côtes, échancrés sur le haut en gousset sur la poitrine (la mode est aux bustes larges, épaules dégagées, poitrines rondes), se divisant en deux pour plus de légèreté.

Mais les années 1860 donnent le ton d’une taille fine à nouveau et, bien que conservant sa petite forme, il se resserre à l’aide de goussets élastiques, busc en métal et baleines. C’est quinze ans plus tard, qu’il se rallonge, parfois jusqu’aux cuisses. La silhouette en S est en vogue : seins remontés, taille cambrée et hanches élargies par le faux cul. C’est également durant cette fin de siècle que le corset se colore et peut désormais être fait dans des étoffes moins basiques. Derrière cette petite excentricité, on y voit simplement la mode de l’époque et sans doute l’envie des femmes de détourner cet instrument.

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C’est à la fin du XIXème que le corset se colore comme celui de la princesse Louise d’Angleterre.

Les grands pas de l’époque contemporaine

Progressivement, les femmes se libèrent du corset en acquérant des droits civils. Madeleine Vionnet est la première à bannir le corset de son travail. Le corset de ces premières décennies est très long, avec des hanches étroites et aplatissant les formes. La Première Guerre mondiale envoie les femmes dans les usines, les champs,… où elles renouent avec des sous-vêtements plus confortables et pratiques, ne les contraignant pas dans leurs mouvements du quotidien. Les années 1920 se dotent de corsets adaptés à la pratique sportive, plus souples car les femmes d’un certain rang social ont du mal à se séparer de cet accessoire pour leur maintien et leur silhouette.

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Suzanne Lenglen, joueuse de tennis française (1899-1938), © Getty / Historical / Corbis

Bientôt, gaines, bustiers, soutiens-gorge, brassières vont les remplacer. 1950 et le New Look de Dior passent aux gaines baleinées qui elles-mêmes seront rapidement délaissées puisque trop contraignantes pour le nouveau rythme des femmes, plus indépendantes et actives. Les années 1970 enterrent le corset comme sous-vêtement. Désormais pour être mince il y a le sport, les régimes, la chirurgie esthétique

Aujourd’hui, les femmes ne portent plus de corset au quotidien sauf pour des occasions particulières (soirées déguisées, films d’époque, mises en scènes théâtrales,…) bien que  certaines y soient contraintes pour des raisons médicales (souvent liées à des problèmes de dos qui obligent le port d’un corset médical). Mais des créateurs comme Jean Paul Gaultier ou Vivienne Westwood en ont fait des classiques de leur maison et on retrouve régulièrement des corsets détournés, modernisés, esthétiques sur les podiums. 

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Le légendaire corset de Jean-Paul Gaultier, porté par Madonna en 1990.

Les corsets ont donc modifié le corps des femmes afin qu’ils répondent à des standards de beauté, des idéaux physiques erronés, les emprisonnant dans des carcans sociaux et le patriarcat au détriment de leur santé. Ils ont construit des silhouettes typiques de leurs époques, et furent l’image du rôle que l’on donna à la femme dans la société. Celles qui s’en libérèrent, devinrent des révolutionnaires, se révoltant ainsi contre ce personnage qu’elles n’avaient pas choisi d’être.  

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