PFW Haute Couture P-E 2022 : Murad, Valentino, JPG, Saab et de Vilmorin

Ce jour 3 de la Paris Fashion Week Haute Couture Printemps-Été 2022 m’a fait suer ! Que de défilés, de collections et de looks à décrypter. En bon petit soldat, j’ai tout donné. Il y a eu du bon chez Elie Saab et Zuhair Murad. Du très bon chez Jean-Paul Gaultier et Charles de Vilmorin. Du carrément cosmique chez Valentino. Pour une fois, pas de mauvaises notes distribuées aujourd’hui, malgré un avertissement pour manque de considération humaine, vous verrez. Je m’arrête là et je vous laisse découvrir ce que j’ai pensé de cet avant-dernier jour (déjà …) de haute couture.

Zuhair Murad

On a hissé haut les voiles chez Zuhair Murad pour cette collection P-E 2022. « Vers les Joyaux du Temps » nous emporte à l’époque des corsaires, de la découverte du Nouveau monde et des mille et une caravelles. On attendait plus que Jack Sparrow pour conclure ce show haut en couleur. Alors oui, c’est très clinquant, presque hollywoodien, mais n’oubliez pas qu’il s’agit de Zuhair Murad. Briller de mille feux, c’est sa signature. Quand on a compris les règles du jeu, on peut alors se délecter de cette collection franchement convaincante. 

L’imaginaire de la piraterie se dessine au fil des looks : le sempiternel tricorne, le bandeau viril ceinturant le front, les bottes larges et souples, les ceintures de cuir bien épaisses ou encore les jeux de cordage et de laçage. Le créateur n’a pourtant pas oublié de célébrer la féminité en glamourisant ces codes pouvant parfois être perçus comme rustres. Le look 7 pourrait se retrouver dans le clip Run the World de Beyoncé, cette robe rouge puissante aux manches tombantes transmettant une bonne dose d’empowerment. Très fan du look 20, plutôt pratique et confortable avec un ensemble veste-short, mais bien « haute-couturisé » avec une infinité de strass brodés. Le look 35 est d’une poésie ! Reprenant le motif des caravelles sur des tons bleu mer et chocolat, cette robe ondule et nous donne envie de voguer vers l’horizon. Travail de cordage également très intéressant sur le look 38, qui démontre finalement le parfait équilibre trouvé par Murad pour ne pas faire de sa collection une caricature misérable de la piraterie. Le pari était osé, mais a été relevé avec classe. Jack Sparrow peut aller se rhabiller …

Valentino 

Pierpaolo Piccioli est un véritable artiste. Un peintre qui maîtrise la colorimétrie à la perfection. Un poète qui s’invente un imaginaire et le partage humblement. Un créateur qui transmet son rêve à travers un travail minutieux du vêtement. Ce Monsieur a tout compris : casting DI-VER-SI-FIÉ autant par la silhouette que l’âge (les gens de la mode, prenez exemple s’il vous plaît), un savoir-faire purement extraordinaire, décliné en mille façons avec de la plume, du sequin, de la découpe, du drapé, et surtout, une palette de couleurs pêchue absolument nécessaire. Du grand art, de la mode comme on n’en fait plus. Je ne suis qu’amour devant cette collection. 


Amour pour ces teintes vibrantes de vie : ce bleu de France divin look 14, ce menthe drapé et enivrant look 23, ce magenta décliné en veste bouffante et en cape looks 28 et 30, ce orange tangerine look 34. Il y avait aussi du chocolat, du rose vif, un kaki tendre, ou encore ce violet améthyste. Une transe de la couleur qui vous emballe le cœur, et vous donne l’envie de vous parer d’arc-en-ciel le lendemain. Je vous en supplie, rendez vous sur Vogue Runway pour dévorer cette collection, c’est un pur émerveillement. Côté coupes, Piccioli n’est pas en reste. Véritable élève modèle, le répertoire entier du métier est représenté.

Mon top 3 ? J’aurai aimé imaginer le look 30, sincèrement. Cette allure est parfaite, équilibrée entre cette tunique blanche nouée presque naïve, rehaussée d’un pantalon large éclatant, et cette veste magenta (quelle veste !!), juste vertigineuse. Je sais de quoi je vais rêver ce soir. By the way, le look 28 déclinant ce même ton de rose ultra punchy hantera aussi mes nuits. Mon top 2 va pour le look 40.  Véritable célébration de la découpe, du jeu de texture et de la superposition, ce plissé agrémenté du nœud signature du créateur et de cette minijupe est hautement désirable : pas plus pointu, pas plus tendance. Choix cornélien pour mon top 3, mais je dois dire que cette traîne rouge vermeil vue au look 58 est renversante. Sublimée par une profusion de nœuds, ces derniers insufflent tout un caractère à cette allure ultra charismatique, et in fine, inoubliable. 

Bref, je pourrai débriefer chaque tenue tant elles mériteraient toutes quelques mots. Je me contenterai de vous dire que c’était beau, élégant, puissant. Expressif. Pénétrant. Un défilé comme cela, on n’en ressort pas indemne. Valentino fait partie des très grands, on le sait. Mais Piccioli se moque bien de la reconnaissance ou de la célébrité. Il est en train de tracer son propre chemin. Il y sème des codes nouveaux, des idées innovantes, une forme de liberté jouissive. Ce Monsieur inspire, plus que les gens de la mode, les gens comme nous. Des gens qui ne sont pas grand-chose, mais qui grâce à lui, feront désormais tout pour célébrer la vie. C’est beau et émouvant. Heureusement que la mode est toujours capable de faire ça, aussi. 

Jean-Paul Gaultier x Glenn Martens

Avant toute chose, gros coup de gueule sur les mannequins carrément squelettiques. Je pensais que l’industrie avait reçu le message, mais bon, il faut apparemment réitérer l’alerte. Les femmes ne sont pas des moineaux. La gent féminine mange, a des formes et la majorité de vos clientes les plus fortunées ne font pas un 32. Donc s’il vous plaît, ne mettez pas en danger la vie de ces demoiselles. Si vous vous cognez des vies humaines, prenez au moins en compte l’intérêt économique, la maigreur n’intéresse plus personne. C’est le malaise autant pour elles que pour nous, le public. Il est grand temps d’évoluer là-dessus, et vite. Surtout venant de notre cher Jean-Paul, ça me brise un peu le cœur. 

Revenons maintenant au sujet. Ce n’est clairement pas mon style, mais disons que c’est trèèèès bien exécuté. Martens a repris de nombreuses signatures de sa marque Y/Project – des jupes qui semblent être suspendues à des combinaisons, des fleurs métalliques en 3D, des tissus grillagés et sa technique du « surplus de couture » – et les a fusionnées avec ceux de JPG, comme la corseterie, la marinière et les tricots Aran. C’était disruptif et singulier, nous rappelant que la mode permet aussi de faire réagir et déstabiliser. J’ai quelques coups de cœur, notamment le look 8, sorte de mariée floue avec un joli travail de matière, tout en légèreté. Le 18 est également brillant avec une réinterprétation du corset JPG vraiment très juste et actuelle. Bref, 36 looks étonnants qui ne m’ont pas laissée de marbre, c’est l’essentiel. Petit point bonus tout de même pour le casting de Meadow Walker, c’est purement personnel, mais je l’aime trop, alors merci J-P !

Elie Saab

Une collection de 55 looks plutôt sympathique chez Elie Saab. Véritable ode à la Méditerranée, le désigner célèbre son héritage et ses paysages de cœur. On peut donc observer des références logiques aux bougainvilliers sauvages et vivaces, ou encore au bleu profond de la mer, flirtant avec les rayons lumineux d’un soleil doré. Elie Saab nous propose un pittoresque idyllique qui nous a tout l’air d’un Eden sur terre. Ça tombe bien, la collection s’intitule « Eden sur Terre », donc niveau cohérence, on est bon. 

Si l’on rentre un peu plus dans le détail, il faut savoir que le dada de Saab, c’est les silhouettes glamour. Tout en taffetas et en volume, ses looks donnent assurément des allures de princesse à n’importe qui, n’importe où. Cette collection ne loupe pas le coche, avec une série de robes de bal très élégantes. On retrouve un très beau travail de dégradés de plumes, aux couleurs du crépuscule et de l’aube (looks 22, 26 et 29). Les paillettes et cristaux sont également au rendez-vous. Ils chatoient sur de la tulle de nuit ou reprennent la flamboyance des bougainvilliers avec des tons rose et rouges hypnotisant (looks 7, 8 et 12). C’est globalement très beau, le total violine au look 49 est somptueux. Amour aussi pour le 9, le dégradé de rose est parfaitement maîtrisé. Elie Saab nous a donc ouvert les portes d’un jardin méditerranéen rempli de belles fleurs. Un voyage au soleil dont on se souviendra, c’est certain ! 

Charles de Vilmorin 

J’ai vu le titre, je n’étais pas très très sereine. « Danse Macabre », ce n’est pas ultra inspirant, on ne va pas se le cacher. Mais il faut savoir que le petit prince de la mode a une grande obsession pour la mort. C’est donc naturellement qu’il a intitulé cette collection haute couture de cette étrange façon, s’inspirant du morceau d’ambiance écrit par le compositeur français du XIXe siècle Camille Saint-Saëns. Reprenant le style Tim Burton le long d’un court-métrage, Vilmorin y ajoute sa touche, plus ludique et théâtrale, avec des robes et chemises de nuit couvertes de ses dessins signatures. Amour pour la robe bleue électrique garnie de plumes d’autruche et couverte d’une constellation de broderies argentées, splendide. Une collection courte, seulement 11 silhouettes, j’avoue rester sur ma faim. Mais quand on sait qu’il a, encore une fois, tout confectionné sur le plancher de son appartement, on ne peut pas lui en vouloir. Du Vilmorin tout craché, on ne peut qu’apprécier. 

Day 3 de la PFW, on y est ! On se retrouve demain pour mes derniers décryptages ✨ Et si vous avez loupé le Day 2, n’hésitez pas à découvrir ce que Chanel, Alexis Mabille et Alexandre Vauthier nous ont concocté !

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